Pensées Pascales
Les Pensées pascales
Qui n’a jamais eu de pensées pascales ? Surtout à l’heure où monte la fièvre du printemps. Oui ! Que celui qui n’a jamais senti la moindre petite pensée gonfler sa tige verte me jette sa première cavalière. Moi, de voir ces milliers de fleurs exploser en même temps - en deux trois jours tous les parterres du monde changent- se tirant la bourre pour attirer en primeur le gentil bourdon qui va les ensemencer, ça m’excite comme une bête et me donne l’idée de cueillir les plus belles. Puis d’aller, fort de mon joli bouquet, butiner Pascale ou n’importe quelle autre horizontale, du Rimski-Korsakov débordant de la baguette et du crâne.
Et comme je finis par connaître les femmes fleurs, comme je sais enfin où se trouvent leurs pensées cachées, les plus secrètes au fin fond de leur être, je les débusque illico presto. Sans détours. Sans fureter à l’aveuglette et devoir redécouvrir le monde à chaque fois. Sans perdre de précieuses secondes. Je mets donc ma tête au plus vite dans leur bouquet, hume ce paradis capiteux fait de mille senteurs exaltantes, fais un peu le tri parmi les corolles à visiter, et trouve enfin la pensée profonde du jour, celle cachée quelque part entre le creux de ses reins et son mont de Vénus, celle enfouie au plus creux de ses lèvres, au plus complaisant de ma langue, celle qui déjà tend vers la tige verte que je lui sous-tends.
Sur ces entrefaites ma pensée s’anime et prend de la graine. Le petit bouton bougon que je vénérais explose sous mes titillements délicats et c’est une pensée unique qui vient couvrir le siège de nos pensées. Enorme. Grandiose. En trois dimensions, Panoramique et Technicolor. Couvrant comme un voile de soie translucide ses lèvres pour d’autres impudiques. Je reste coi. J’en reste con. J’admire et je rêve. J’en bave sans doute… Pour lors je bois tout son bonheur, et froisse sous ma langue et mes doigts faits fée ses fragiles pétales mi-jaune, mi-fuschia. Je me parfume l’âme à sa pensée florissante. Je m’attarde tel un bourdon orfèvre sur son pistil, bouton d’or pâle où finalement elle enchâsse ma tige à la manière d’un sautoir. Des milliards de particules de pollen fourmillent aussitôt au cœur de mes reins, prêtes à découvrir le si fameux pot aux roses… Alors, avant que sa fleur ne se fane, le printemps nous envahit comme je la possède et, animaux ou végétaux, nos pensées pascales si polissonnes s’envolent de concert pour repeupler l’hiver, …

georgelennick dit :
Je gardais un souvenir amer des Pensées de Pascal… Merci George de remettre tout ça au goût du jour!
aguillaume dit :
bien ecrit
toutefois,pourriez-vous opter pour un lettrage un peu plus gros?là,il faut presque une loupe
georgelennick dit :
Oui Guillaume,j’essaie de faire travailler les petits commerçants de mon quartier, pendant ce temps, je peux m’occuper de ne pas “louper” leur femme