Des été très chauds - Ailleurs - Texas Burger
Aujourd’hui petite pause estivale. Il fait trop chaud pour baiser, alors je vous emmène faire une ballade en truck au Texas, j’ai cru sentir que sur ce blog il y avait deux grand amoureux de l’Amérique… Accrochez vos ceintures!
TEXAS BURGER
Ils avaient quitté l’autoroute 20 à hauteur d’Odessa, Texas, pour remonter plein nord vers Seminole, direction Brownfield, putain de patelin où y avait qu’à décharger cette foutue cargaison de porcs noirs puant comme la peste. Il était six heures quarante-cinq et ce satané soleil, grosse feignasse en peignoir orange toujours debout après les coqs, avait peine à se lever. Il faisait déjà trente degrés à l’ombre. Le ciel n’avait pas vu un nuage depuis la sale tornade de l’année dernière et ni un insecte, ni un serpent à sonnette aux alentours, ne revoyait à quoi ressemblait une goutte d’eau. Ces enfoirés de porcs gueulards encore moins. Et ça, ça se reniflait.
Les pneus lisses du vieux Mack ’78 soulevaient des nuages de poussière jaune et volage qui allaient se poser un peu plus loin, dans un autre coin de ce désert sans fin, à la rencontre de rien, le faisant se dénaturer grain après grain en un dramatique cirque lunaire. Joe conduisait à fonds la caisse, quatre-vingt miles au moins, vitres grandes ouvertes, car la putain de clim avait encore lâché une fois de plus. Sam ronflait à nouveau sur le siège du milieu, demi-portion calée entre les deux colosses, et Harvey massacrait à l’harmonica un vieux tube de Charlie McCoy, du Blue Grass plus gras que gras.
C’est juste avant d’apercevoir le clocher blanc de l’église méthodiste d’Andrews, quand il se rendit compte qu’ils avaient crevé, que Joe ramollit sur le champignon et rouvrit son clapet pour la première fois de la journée.
-Putain ! Ça y est… La poisse, la putain de poisse. Je le sentais pas ce voyage à la con. La dernière fois ça avait été pareil. Bullshit ! Y a que de la merde sur cette route paumée… de la putain de merde de taureau…
Il avait garé tant bien que mal le camion sur le bas-côté et évalué les dégâts. Le putain de pneu avait éclaté et il ne restait autour de la jante d’alu abîmée que quelques lambeaux de caoutchouc qui puaient le roussi, un coup de mille dollars, à condition que ce voleur de Skinny lui trouve un plan moins foireux que d’habitude. Sam prit un méchant coup de pied au cul et se mit au travail. Joe, lui, eut le temps de boire trois Bud avec Harvey qui avait sorti sa Steel guitar, comme chaque fois qu’il se passait quelque chose ou que le néant lui tombait sur le coin de la gueule. Ça dura pas loin de deux heures et quand il finit par ranger le cric aussi noir que lui, Sam schlinguait autant que la colonie de porcs en train de cramer vivants sous les vieilles tôles chauffées à blanc.
-Je savais pas qu’un putain de nabot de sang-mêlé comme toi pouvait fouetter autant que trois cents putains de porcs… Pas vrai Harvey ?
-Ouaips ! Ça me rappelle quand je devais jouer au basket au lycée avec ces putains de négros. Des purs-sangs eux. Je te raconte pas les vestiaires. Ils sont pas humains, vu les relents, ou alors il faut qu’ils se foutent une bouteille de Calvin Klein sur la couenne chaque jour pour donner le change…
-Yeap… KC sur la couenne… Et c’est à cause de ça qu’ils finissent tous en tôle parce qu’un flacon de KC par jour, ça leur coûte bonbon et ils le chouravent forcément, les enculés.
La radio jouait par hasard KC and the Sunshine Band et Sam s’était remis à dormir pour ne pas entendre les conneries de ces saloperies de blancs qu’il entendait de la bouche de Joe et Harvey depuis pas loin de quinze ans. Y a longtemps qu’il écoutait plus. Il avait sué sang et eau pour changer ce putain de pneu et ses mains étaient maintenant aussi noires que celles de son grand-père Deion. Elles étaient aussi maculées de taches de sang plus rouge que rouge, comme celui de sa pauvre mère Shishibens, petit canard en Chippewa, cette race peau-rouge si fière et pourtant presque exterminée par ces enculés de blancs. Et que sa mère s’appelle petit canard, il ne leur avait pas dit car il n’aurait pas pu supporter qu’ils touchent une seule plume à sa mémoire, lui le rouge et noir. On pouvait tout imaginer plus le pire, mais la mémoire de Shishibens intacte était la seule chose qu’il devait lui rester.
A neuf heures quinze et trente trois au thermomètre, à peine au mile 66, ils passèrent devant un Drive-in et Joe freina comme un branque pour ne pas rater le parking bondé. Signe qu’on devait s’y taper une bonne cloche. Les pneus tracèrent un double sillon bien droit dans la terre battue, soulevant un nuage toxique de freins cramés. De la jolie fumée bleue et une neige de micro particules d’amiante. Les porcs paniqués se pissèrent dessus tous en même temps et Harvey partit d’un rire gras :
-Hey Joe ! Heureusement que le vent souffle de l’Est… Le patron du resto va nous maudire après notre départ. Putains de cochons… Ils lui ont fait une pleine piscine de lisier sur le driveway. Gratis. Les enfoirés ! Oh mon dieu qu’est-ce que ça cocotte ces putains de bestioles ! Vivement qu’on les zigouille pour les transformer en saucisses. Ces bâtards, c’est comme les putes… Ça refoule mais on aime bien leur râble quand même. Hein qu’on aime ça. Hein Joe ?… Tu te rappelles la fois à la Maison française de Corpus Christi ? Tiens ! En tout cas je me taperais bien une bonne saucisse et deux œufs avec des pommes de terre ranchera… Et puis la serveuse avec… T’as vu la gosse ? Dolly Parton avec quinze ans de moins. Je te jure que je la ferais chanter haut, moi, avec quinze bons centimètres dans le cul…
-Ta gueule connard… Chut !
La gosse rapplique précédée de seins énormes, dodelinant grave du cul, ficelée dans un tablier aux poches remplies. Elle a la jupe au ras de la moule… Elle sort son carnet crasseux et suce son stylo, provocante. En s’adressant à Joe, droit dans les yeux :
-Qu’est ce qu’il aimerait se taper John Wayne ?
-Ouah ! Pussy cat… Ça c’est de l’accueil ou je m’appelle pas Joe… Il fait toujours aussi bon chez vous ? Excusez, miss : On a la clim en panne et on a du changer un putain de pneu, désolé pour l’odeur de l’avorton. Pour moi ce sera des œufs brouillés et du pain perdu avec un broc de café bien chaud. Pour commencer, si vous me suivez… Deux œufs et une belle saucisse pour le tatoué. Yeap ! Comme dans mon calbut, des extra larges… Oui, café noir. Pour la demi-portion ? Un morceau de savon… Non ! Sérieux… Lui il prend toujours des pommes de terre au lard. Il est radin comme un porc-épic. Et un verre de lait. Il essaie de grandir encore … Merci belle gosse et dites aux fainéants de Pedros bronzés qui font la tambouille qu’on est pressés. On a de la route à faire…
-C’est comme si vous l’aviez. Au fait, Joe, mon petit nom c’est Pam… si vous avez besoin de mes services, faites-le moi savoir, chou-baby…
Elle repartit en roulant comme une chaloupe sur le Mississipi, sûre que les trois connards bandaient sous la table, là où ils avaient collé leur chewing-gum quand elle s’était pointée.
Ils reprirent leur place dans le Mack à dix heures pile, une bonne trique dans le calbut, sans savoir qu’un putain de Mexicain sans papiers avait craché un glavio gros comme une huître de Nouvelle Angleterre dans les œufs brouillés, parce qu’il ne pouvait pas les piffer, ces white trash, ces rebuts de poubelles blancs, et que ça faisait se tordre de rire ses pinche amigos mexicanos en cuisine de voir le plus gros con se régaler… Il faisait trente cinq sous abri et plus de quarante cinq dans la cabine. Heureusement la glacière de bières était pleine, cachée des flics sous le siège de Sam que Joe avait empêché de dormir. Dans l’estomac de Joe, le glavio vert et jaune encore intact reçut illico une giclée de bière fraîche. De la Corona, bibine mexicaine. Y avait rien de mieux à la glacière.
-Bonne adresse. J’y reviendrai. Les seins de la gosse et les œufs brouillés étaient splendides. Tout en volumes. Que de la douceur et du velouté… Sammy, ne t’endors pas. Tu sais bien qu’après les patates au lard tu pètes et dieu est témoin que tes louises puent autant que tous ces putains de cochons réunis. Puis tu es en charge des cervezas…
-Les cuisses aussi, Joe. Elle avait des cuisses à faire damner un évêque pédé et méthodiste.
-Arrête de te branler, du con. Sors plutôt ton harmonica et glisses-y tes lèvres dessus en imaginant que c’est sa con de chatte…
Sam et la CB faisaient la sieste. Harvey avait donc re-embouché son harmonica et essayait depuis dix bons miles de voler des solos humides au vieil autoradio.
-La ferme ! Celui-là c’est Doc Watson. Ne le massacre pas…
Ils s’étaient arrêtés deux heures plus tard pour faire le plein au Truck stop de Seminole. Il faisait maintenant trente-neuf cinq / quarante au thermomètre géant, sucette de mercure et de tôle aussi haute qu’un immeuble de cinq étages, et ils se jetèrent une autre Corona bien fraîche derrière la cravate. Avec un bout de lime dedans, c’est meilleur. Deux fois six, claironna Harvey à moitié bourré ! Lui et Joe transpiraient autant que Sam et leur odeur faisait se retourner les autres camionneurs. Mais vu leur sale tronche de bagarreurs de strip-joints, la taille de leurs bras, leurs tatouages confédérés et leur état avancé, pas un ne leur fit une remarque déplacée. C’est dans ces moments-là que Sammy bichait car sans eux il se serait fait jeter. Comme un chien. Même si eux le traitaient parfois comme un putain de clebs bâtard, rouge et noir, les autres ne le savaient pas… Ils allèrent pisser en chœur leur demi litre de blonde et remontèrent dans la cabine en faisant un joyeux concours de rots. Les deux gros se fichèrent comme d’habitude de Sam et comme il perdit, vu son coffre de mite tuberculeuse, il dut de toute façon aller vérifier les pneus et les freins sous la remorque qui pleurait encore des larmes suidées immondes.
-Cochons de merde…
-Et si on crève à nouveau, je te retiens le prix de la réparation sur ta quinzaine, enfoiré de bâtard…
…Part II, tomorrow… La suite à deux mains… Comme DEB, comme d’hab!

Dominique-Emmanuel BLANCHARD dit :
Ah ouais, on y est là, on y est mon pote. Et une Corona une, et envoyez la suite…
aguillaume dit :
next!next!…
ps:je reçois tes coms ,t’inquiète… même s’ils s’affichent pas sur le blog