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du Journal SUD OUEST

SEX-FICTION
Un blog de littérature coquine d’où les sérieux sont bannis, par George Lennick

Les Fleurs du mâle - Retour de Plage - Chair d’Orchidée…

 

 

Chair d’Orchidée
 

 

 

 

 

 

 

 

 

Il est une orchidée d’un rose aussi pâle que la peau la plus noble, d’une fragilité identique à celle d’un enfant qui naît, d’une beauté supérieure à celle de Vénus encore vierge. Je l’ai trouvée après bien des voyages, bien des recherches infructueuses ou inabouties, bien des erreurs…
Je l’ai cueillie au bord d’une plage caraïbe ou près d’Antibes, ça n’a pas d’importance, mais je me souviens qu’il faisait chaud et que nos vêtements inutiles nous collaient à la peau.
Nous nous sommes baignés, jouant comme des enfants qui n’ont pas idée du monde qui les attend, puis nous nous sommes séchés sur le sable. Je n’avais jusque là rien remarqué de particulier. Elle me prit doucement la main et je fis exprès de ne pas bouger…
-Sais-tu t’occuper des fleurs ? J’ai besoin d’un foutu jardinier…
De quoi parlait-elle ? Jusque là tout avait été facile et je la suivais sans difficulté, en fait nous avions très peu parlé. Mais là Ornella me testait.
-Ne fais pas semblant de dormir… C’est important pour moi.
Alors je lui répondais que oui, que j’aimais les fleurs avant moi-même, que j’avais la main verte. Que je savais tout des saisons et des bourgeons, des corolles et des pistils, des tiges et des racines, des couleurs et des familles, du matin et du soir, du moment où il fallait s’occuper de leur motte ou les rempoter, du moment où il fallait les protéger des parasites, de la sécheresse, de la floraison et de son contraire, et même quand il fallait les faire boire…
Elle était subitement excitée comme un puceron
-Et as-tu un herbier ?
- Oui ?  
- Parle m’en vite, s’il te plait !


Alors je lui parlais de Violette, ma première fleur italienne, tout comme elle. Elle était de Parme et ouvrait mon herbier de la plus belle des façons. Puis de Capucine, une jeune plante aux milles vertus, médicinale mais aussi comestible. Je lui dis aussi que quand je pleurais sur elles, je faisais des miracles et leur redonnait la vie. Je lui dévorais les fleurs, les feuilles jusqu’aux graines et même les boutons, comme Louis XIV… Ornella adora et me serra la main un peu plus fort.
-Y’en a d’autres ?
Marguerite. Une reine. Un soleil. J’ai tout appris d’elle. Le matin, le soir, la naissance du monde, la vie, la mort…
-C’est tout ? – fit-elle d’une moue qui voulait en dire plus.
Non, Ornella. Mon herbier a mille héroïnes. De la simple pâquerette cueillie au bord de la route à l’orchidée la plus torturée trouvée au fin fond d’une forêt amazonienne. D’une rose unique achetée à Paris à l’edelweiss inespéré, velours improbable d’un sommet escarpé…
-Et moi ? Dans tout ça. Où donc me colleras-tu ?
Tu seras sur la dernière page, la prochaine. La plus importante… La dernière est toujours la meilleure, la position de choix. … La perfection… L’apogée…


-Alors mouille donc ton doigt et tourne vite ma page…



   
Je mouillais mon doigt et ne regrettais pas !
 

-Oui Ornella. La dernière page que l’on lit est toujours la plus belle.

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