logo
visu

Un BLOG Internaute
du Journal SUD OUEST

SEX-FICTION
Un blog de littérature coquine d’où les sérieux sont bannis, par George Lennick

C’est beau l’Amérique - Le Pays où tout est possible - Les Cônes (Part One, Two, Three)

Ice-Cones
 

 

Où trouver de meilleurs cônes à sucer qu’à Coney Island, ce paradis forain, bâti pour le plaisir des amis ricains à deux coudées de ferry de New York ? Philip-Raymond McFranergy, Phil Ray pour les intimes, un vieux new-yorkais dégueulasse qui avait fait le tour du monde chassant les fauves les plus sauvages, les gazelles les plus bondissantes, les cornes les plus raides et les blondes les plus platinées savait mieux que quiconque que c’était pas la peine de chercher ailleurs, la crème des cônes, l’Himalaya des glaces était là. Et bien là.

Il avait amassé un joli magot en plantant sur les toits de Brooklyn des milliers de gros climatiseurs suceurs d’énergie comme autant de putes michetonnant pour lui, et une fois qu’il avait pu fourguer définitivement son putain de business à un autre fou pour 1.75 million de dollars, au lieu de prendre une retraite méritée, il acheta son rêve, ce pourquoi il avait bossé comme un nègre toute sa vie : le Palais des Glaces de Coney Island. Le grand. Le vrai. L’unique. Le rendez-vous des suceuses de boules multicolores. L’Eldorado des goulues. Le Taj-Mahal des boules. Le paradis des cônes. L’Eden de la lèche
Laissez-moi vous faire entrer plus profond dans l’intimité de son rêve accompli. Pour ceux qui ne l’ont jamais vu, le Palais des Glaces de Coney Island, c’est une devanture maousse de cent pieds de longueur, avec vingt-cinq blondinettes en jupettes courtes aux parfums de toutes les couleurs, des gamines qui savent vous tenter rien qu’en vous jetant un coup d’œil ou en vous esquissant une petite moue des lèvres plus que suggestive, mais de vrais pros des boules, toujours un cône dressé dans la main ferme et douce à la fois, formation maison, et qui débitent à cent personnes faisant la queue en face d’elles, des glaces « top notch » aux cent saveurs exclusives… extrait brut de prunes, essence blanche de mirabelles, premier jus de noix grand choix, miel de pinottes et beurre de cacahuètes, giclée douce-amère d’amandes, moelle aérée de concombre vert et fraises des bois, concentré givré de citron acidulé, Picasso frappé de kiwi et framboises, Dali glacial de dahlia et lavande, Bastiat réfrigéré de Goyave anisée… Du grand art et un peu de n’importe quoi au service des palais, avec pour toute ligne de démarcation un simple comptoir de verre et de plastique aseptisé. Uniformes polissons et toujours impeccables suggérant des tenues de jeunes élèves infirmières pétillantes. « Suck it Baby », « Annie aime les sucettes, les sucettes à l’anis », « De tes boules, ch’suis maboule » et « Si tu es sage, je sucerai ta glace » en boucle sonore genre orgue de Barbarie. Photos géantes de boules givrées aux pastels dégoulinants. Néons guimauve. Cônes gonflables attirant les enfants. Centaines de bacs dans lesquels les blondinettes piochent des crèmes aux pastels si audacieux qu’ils font pâlir de jalousie jusqu’au bon Dieu, qui pourtant inventa l’arc-en-ciel un jour où il jouait à Barbie. Batterie de réfrigérateurs italiens rouge tapin carrossés Pininfarina, aux vitres bombées comme les hanches de Marilyn, plus astiquées que les carreaux d’un bloc opératoire. Canalisateurs de files d’attente en cuivre doré reliés par d’élégants boudins de velours pourpre, comme lors d’un soir de première à Hollywood… Là où le rêve rejoint la magie : Si tu suces, tu gagnes…
Tout ça c’était du bonus… Car s’il est vrai que dans l’intimité les américaines ont a cœur de prouver qu’elles sont les championnes du monde des suceuses de cônes, ce qui excitait Phil Ray c’était le côté bon enfant et la quantité inépuisable de candidates qui s’offraient et qui montraient sans vergogne leur technique indubitable… Déjà le seul spectacle des blondinettes passant comme un relais bien réglé une glace à lécher aux clientes filles ou femmes, filles et femmes qui se saisissent à leur tour du beau cône dressé et se mettent à le sucer comme des mortes de faim ou des boulimiques de gâteries, tout ça, ça n’avait pas de prix, même si ça rapportait gros.
Et, en tout premier lieu, ça rapportait gros sous la braguette de Phil Ray, car ce vieux dégueulasse bandait comme un fou en voyant ces centaines, ces milliers de bouches goulues téter ces crèmes glacées qui fondaient comme neige au soleil, happées par des lèvres enfiévrées, débitées grand sport par des babines amoureuses. Ça rapportait gros également question monnaie, accessoirement, car Al DeLuca, l’enfoiré de Rital de New Jersey qui exploitait ce petit paradis, lui avait expliqué dollar par dollar les bénéfices : Vingt-cinq ice cônes à la minute, à un prix moyen de deux dollars et un quarter, ça faisait du cinquante six dollars vingt-cinq en joli cash à la minute. Si l’on compte une moyenne de cinquante clientes par heure et par blondinette, car ça débite plein pot, ça vous laisse un sublime deux mille huit cent douze dollars et deux quarters de recette cash à l’heure. Sachant que le Palais des Glaces de Coney Island est ouvert de midi à minuit, ça monte à trente trois mille sept cent cinquante dollars tout rond, en cash par jour ouvrable. Bingo ! Et en comptant seulement cent jours de travail sur les trois cent soixante cinq ou soixante six que Dieu fasse par année, ça fait grosso modo du trois point cinq millions de dollars en cash à la fin de l’année, soit sept cent cinquante mille dollars de bénéfice déclaré et un petit million de black en cash dans la poche ou sur un compte caché aux îles Caïman…
La transaction avait été rapide et simplissime : Phil Ray échangea son entreprise de clim florissante avec tout le tintouin, stock, employés, clients, contrats d’entretien, profits et emmerdes contre le Palais des Glaces de Coney Island, car le fils d’Al DeLuca, le patron fondateur qui venait de casser sa pipe en tombant sur le comptoir du stand de tir voisin, ne voulait pour rien au monde continuer le business pourtant juteux de son père : les crèmes glacées lui donnaient envie de gerber, les italiennes le tournis, et le simple contact des cônes, de l’urticaire prurigineux.
Phil Ray s’installa donc pour douze heures par jour au paradis, face aux dévoreuses de glaces seules à seules avec leur plaisir buccal. En boss. Il avait le petit cul en mini jupette des blondinettes en premier plan, et, toujours face à lui, les lèvres des jouisseuses avides de cônes, au second plan.
Ce qu’il aimait par-dessus tout, comme un fumeur qui se respecte n’aspire seulement que la première bouffée de tabac, c’était la première sucée, le premier coup de langue, le dépucelage des boules vierges. C’est là qu’il chassait à l’affût celle sur laquelle il allait s’attarder. Il avait un nez infaillible pour voir au premier coup d’œil si elle valait le coup. Plus un œil de chasseur de tourterelles… Toute jeune fille, mémé consommée, adolescente à son premier flirt ou femme mariée, peu lui importait… Car en matière de suçage de cône, il n’y a pas de règles, il n’y a pas d’égalité : il y a le vulgaire qui léchouille à la mords-moi le nœud, celui qui gâche la marchandise, et puis il y a les virtuoses, les élues. Les gourmandes. Les surdouées qui ont d’instinct la distinction dans le geste, la prise de main caresse, la classe folle dans l’approche du cône chéri, yeux mi-clos, bout de langue sorti, la souplesse des lèvres, le O parfait de la bouche, élastique et anticipé, promesse de félicités extraterrestres, le palais royal qui se fait réceptacle de luxe, le coup de langue pointue et intrusive d’abord, enveloppante et caressante ensuite, la douceur de la soie, la chaleur du Vésuve bouillonnant sur un volcan neigeux. Puis le regard… Important le regard ! Il faut montrer son intérêt ou son envie de l’objet sans loucher. Son amour. Sa faim. Son trop plein d’appétit… Baisser des yeux pour mieux caresser. Oui ! Il faut faire briller les yeux sans faire couler le rimmel ni faire fondre la glace. C’est de l’art. C’est un don. Ça rejoint le sublime…
Phil Ray était bien venu s’entraîner pendant tout un été avant de faire le grand saut… Après la fermeture de son atelier, il filait tout droit au Palais des Glaces de Coney Island et se tanquait dans l’oblique de la queue, adossé à la cabane de chichis, ce qui faisait qu’il rentrait immanquablement chez lui traînant une odeur de graillons qui empestait tous les étages. Mais ça ne le gênait guère… De cet endroit-là, pourtant pas au summum du confort, il prenait déjà du plaisir. Il se rappelle s’être paluché une première fois, par la poche trouée à cet effet, en voyant une grosse rousse avaler une deux-boules avec la sensualité la plus affolante qu’il lui ait été donné de jauger depuis ces vingt dernières années. Elle s’était postée comme une figure de proue face à son marin, avait planté ses yeux verts dans ses yeux, puis avait sorti un petit bout de langue de chatte pour laper un coup de vanille, un coup de fraise des bois. En riant. Elle avait léché ses lèvres comme pour dire c’est bon et d’un geste d’un seul, elle avait avalé les deux boules en ouvrant un four comme seules les boulangères savent nous régaler. Puis elle s’était mise à remuer le cône d’avant en arrière, lentement, l’épousant de ses lèvres pour mieux l’emprisonner, tout en fixant le type droit dans les yeux. Phil Ray n’en pouvait plus, le marin non plus, surtout qu’elle enfonça dans un deuxième temps le cône dans sa gorge, jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un pouce visible pour le retirer…
Lorsqu’elle en sortit la glace entière, le cône et les deux boules à peine entamées, puis quand elle les renfourna dix fois de suite, dans un glissé hydraulique millimétré et chronométré, Phil Ray lâcha pour la première fois la purée dans son pantalon de lin blanc. Celui de la chasse en Afrique Noire. Ça fit une vilaine tache grisâtre placée à un drôle d’endroit, mais il s’en fichait pas mal. Le marin, lui, était plus gêné. Ça lui arriva trois dimanches de suite plus celui de la fermeture hivernale… Intrigué par ce don du ciel exceptionnel, et se voyant mal attendre jusqu’au printemps pour un nouveau show, il se mit à filer la rousse experte. New York prit vite des airs de brousse givrée. Elle de gibier à plume. Lui de sioux rusé courant après une plume mythique. Sa bite en feu de pétoire à six coups. Il apprit néanmoins par un rabatteur qu’elle habitait dans un petit meublé de la soixante-douzième rue, qu’elle était institutrice et qu’accessoirement elle arrondissait ses fins de mois en avalant les boules de marins de passage qui se refilaient son numéro de téléphone et aussi la chtouille qu’elle leur collait. Pour trente dollars, Phil Ray eut droit deux jours plus tard à une sacrée léchouille, le sexe trop poilu de la rousse ne l’intéressant d’aucune façon, car il préférait cent fois une sucette bien léchée à une baise bien réglée. Elle lui avala les valseuses aussi royalement qu’elle engloutissait les deux-boules devant le Palais des Glaces de Coney Island, cône en avant, boules glacées bien au chaud, comme ils se voyaient reproduits à l’infini dans le jeu de glaces coquin du petit lupanar, et je ne vous cache pas qu’il y alla plusieurs fois dans l’hiver, entre novembre et mars, quand les rideaux de fer du Palais étaient tirés et que de la glace dégueulasse maculait les trottoirs enneigés.

(suite 4 demain…)

Laisser un commentaire

Vous devez être connecté pour publier un commentaire.

Close
E-mail It