Robert, Sabine Allaire - Les Inconnus Célèbres -
Robert, Sabine Allaire
Ça on peut dire qu’ils s’étaient trouvés ! Et qu’ils s’aimaient ! Robert Allaire et Sabine Aussy. Ils s’envoyaient si bien en l’air qu’ils s’étaient mariés à la fin de leur premier été. C’est comme ça que Sabine Aussy devint Sabine Allaire, l’épouse de Robert. Allaire.
Sabine avait toujours les roberts à l’air. Et Robert sa pine à l’air.
Faut dire qu’ils étaient naturistes et qu’ils passaient depuis 1969 les vacances à la Grande Motte, grande touffe sans rapport avec le barbu de Sabine qui maintenant ressemblait plutôt à un ticket de métro poivre et sel passé à la machine à laver par accident.
Sabine avait toujours les roberts à l’air. Et Robert sa pine à l’air.
1999. Sabine avait maintenant les roberts, toujours à l’air, mais pas loin de trainer par terre. Des gants de toilette de boxeurs qui a raccroché, flasques, brinquebalants, couvrant sa bedaine. Des mamelles africaines vides et peintes à la chaux. Comme de gros œufs d’autruche à moitié cuits dont le jaune aurait tourné en aréoles vieux rose fané, des baudruches avec lesquelles on voudrait plus jouer.
Sabine avait toujours les roberts à l’air. Et Robert sa pine à l’air.
Avec ou sans Sabine, Robert balançait sa pine à l’air, toute la journée, tel le balancier perpétuel d’une vieille pendule qu’on toise. Tel un zeppelin dégonflé lassé par les yeux et les ans, déshabilité en inébranlable. Tel un Zan que sucerait plus maman. Tel une vieille source du Zambèze qui serait à sec. Ou encore telles des roubignoles plus drôles qui danseraient la carmagnole, des bourses aux cordons distendus qui se prendraient pour des yoyos, des m’as-tu-vu…
Sabine avait toujours les roberts à l’air. Et Robert sa pine à l’air.
Z’avaient pas l’air de vieux cons car ils se foutaient du qu’en dira-t-on. Z’étaient plus heureux, z’étaient pas non plus malheureux. Faisaient chier personne. S’en balançaient et vivaient de l’air du temps, Sabine et Robert Allaire.
Sabine avait toujours les roberts à l’air. Et Robert sa pine à l’air.
-Ça n’a pas l’air d’aller fort Mame Allaire, hein msieur Robert ?
Un jour maudit de 2009 il fallut mettre Sabine en terre. Fini les roberts à l’air. Robert Allaire la déshabilla comme la première fois, il l’embrassa, même les roberts qu’avaient plus l’air, même les roberts à terre, atterré, puis Robert qu’avait pas l’air se fit péter le carafon, comme un chien couché sur sa dépouille. Il était nu, défiguré, on lui reconnaissait plus que les couilles. L’avait la cervelle à l’air, le Robert. Les burnes aussi. Il avait payé pour être incinérés, ne pas être mis en terre, car ainsi, merci mon dieu, Sabine aurait toujours les roberts à l’air et Robert sa pine en l’air… En chœur…
Sabine aura toujours les roberts à l’air. Et Robert sa pine en l’air
Deo Gratias

DEB dit :
Une petite merveille ce texte.