Henri Gaullan de Leschelles | Les Inconnus Célèbres |
Henri Gaullan
Quelque fois, la vie n’est pas si simple que ça, et un rien vient la compliquer. Lorsque Jean Gaullan de Leschelles rencontra Renée-Marie des Grains, la fille de Pierre comte des Grains, avare manifeste et avatar d’inceste, tout le monde pensait qu’ils allaient faire un beau couple et qu’ils étaient promis à un avenir sans nuages… Que nenni !
Déjà le faire-part de mariage paraissait byzantin. Renée-Marie des Grains voulait garder son nom de jeune-fille et y accoler le patronyme de son époux, comme cela se fait chez ses lointains parents au sang blanc d’Espagne, mais l’accouplement des deux blasons, si je puis me permettre, donnait Renée-Marie des Grains-Gaullan de Leschelles, et là ça le faisait plus, sauf pour snober les étrangers qui auraient pas capté la langue de Molière. La future union faillit ne pas résister à cette première glissade et c’est la première fois qu’on entendit Jean Gaullan de Leschelles gueuler haut et fort sur sa fiancée toute retournée : elle était marrie Renée. La raison aidant, elle décida, mais à contrecœur, d’adopter la forme Renée-Marie Gaullan de Leschelles-des Grains, ce qui sonnait bien mais faisait un tantinet ampoulé ou manant, c’est selon, surtout au moment de la récolte des noix, d’autant plus que chez eux elles étaient grosses, les noix… Ah ! Ces noms à la noix ! Elle était furibarde, l’arrière petite-fille du porteur de hallebardes d’Henri (zette) VII, dit l’Espingouin, dit le Jovial.
Quant à lui, Jean Gaullan de Leschelles y perdait un peu son équilibre et son efficacité légendaire. La préparation du mariage et cette pucelle des Grains qui n’arrêtait pas de l’énerver sans encore rien lui donner, tout ça lui faisait tourner la tête. Et quand on est un Gaullan de Leschelles, qu’on voit d’un peu plus haut que les autres, vu la hauteur de l’arbre généalogique, et qu’on zieute surtout le décolleté plongeant de Renée-Marie et qu’elle ne parle que de vite résoudre ces problèmes d’accouplements, il en avait la gaule qui s’échauffait, se dédoublait, qui gaulait comme deux gaules, tu parles Charles, qui le déséquilibrait, au risque de le faire tomber, de Leschelles. Il n’avait plus qu’une idée en tête : vite gauler la des Grains, ce fléau, Renée-Marie couche-toi là, et la fesser cul-nu, qu’elle voit qui donc porterait la culotte…
Finalement le mariage se fit, tout à la joie de la belle famille sans que Pierre comte des Grains ne mette main à sa bourse, double bonheur et temps gagné pour son confesseur. De son comté, Jean Gaullan de Leschelles avait glané assez d’amandes pour payer très tôt Tréteau le traiteur et très tard le têtard qui se tartinait le bénitier. Par contre la nouvelle Renée-Marie Gaullan de Leschelles-des Grains ne manqua pas de mettre au plus pressé la main aux bourses de son jeune époux, puisqu’ils avaient décidé par contrat de faire bourses communes. Jean Gaullan mérita son nom dès le soir des noces, puisque la gaule durait depuis des siècles, et de Leschelles grimpa sa jeune épouse quatre fois de suite, barreau raide et solide, comme la réputation de sa noble famille. Heureuse, elle lui fit au petit matin deux de ses spécialités généreuses qui infirmait le fait que les des Grains étaient honteusement économes, une branlette espagnole jusqu’au-boutiste, recette héritée de ses ancêtres aux seins blancs et doux comme deux connils, puis de la gorge – à la gorge, une pipe royale de saint Claude, de la gorge à la dégorge, tradition transmise par des joueuses de cornemuse et des porteurs de hallebardes complices. Comme il lui remit le couvert une fois de plus en grand seigneur, même pas par derrière pourtant à ce moment-là il aurait pu, elle lui en fit même deux, des fellations bonbons. C’est donc Jean Gaullan de Leschelles deux pompiers qui se réveilla au petit matin, alors qu’il venait d’ensemencer ses grains dans la des Grains. Le sillon refermé de frais était profond et humide, protégé des vents par un buisson roux et touffu, pourtant il réalisa que c’était pas l’automne. Dommage pour la chasse. Les grains bien au chaud ne pouvaient que germer. Le monde était beau, la vie un vrai délice et l’avenir radieux.
Neuf mois plus tard, Renée-Marie Gaullan de Leschelles-des Grains donna naissance à un beau garçon qu’elle avait décidé de prénommer Henri, comme son ancêtre Sept le Jovial. Jean Gaullan de Leschelles lui fit remarquer que comte Henri Gaullan de Leschelles pouvait prêter à sourire, même chez certains éditeurs chafouins, elle lui rétorqua sèchement qu’elle venait de souffrir le martyre, qu’Henri était à 50% des Grains et que les des Grains ne prêtaient à rien, surtout pas à rire, et qu’en l’honneur du roi d’Espagne elle en avait décidé ainsi. Pas moyen de négocier. Elle lui laisserait choisir le prénom de leur second enfant et lui permit d’amorcer la pompe à lait de ses seins blancs, régal rare, passe de deux comme toujours. Henri Gaullan de Leschelles devint un poupon jovial qui raffolait des poupes généreuses de sa mère et qui gaulait comme ses ancêtres mâles, au grand plaisir de son père. Une certitude : le comte Henri Gaullan vivrait en rigolant.
Lorsqu’une petite fille naquit deux ans plus tard au foyer des Gaullan de Leschelles, le père qui avait fêté ça plus que de raison la déclara sous le nom de Zizi, Zizi Gaullan de Leschelles, d’après le nom d’une danseuse célèbre qu’il avait gaulée à Chelles (Seine et Marne), en canotant sur les bords de la Marne. La pauvre Renée-Marie, au retour de couches long et difficile, eut beau lui dire que nommer sa fille Zizi Gaullan pourrait la traumatiser à vie, la rendre gousse ou nymphomane, trop facile à dessiner en tous cas, elle n’eut pas gain de cause. De toute façon c’était trop tard Zizi était baptisée. D’un coup de sécateurs, Henri Gaullan de Leschelles venait de rompre à tout jamais les liens sacrés du mariage et il n’y aurait plus de fruits de chair issus de leurs péchés.
Zizi Gaullan de Leschelles devint une jolie jeune fille à la cuisse plus leste qu’une catin. Elle se fit gauler par toutes les hallebardes du canton, souvent sur une échelle (mais où donc nichons-nous les fantasmes qui nous habitent). Henri Gaullan s’en fichait, ça le faisait même bien rire cette sœur aux cuisses et mœurs de grenouille car c’était lui qui vendait ses charmes, oui, il aimait engranger comme son grand-père comte des Grains, et il pouvait maintenant vivre sur une grande échelle. A Chelles. Puisque c’est lui qui se tapait maintenant la fameuse danseuse depuis que son père Jean Gaullan de Leschelles avait descendu d’un cran.
La vie n’est-elle pas bien faite au monde des puissants ?

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