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Un BLOG Internaute
du Journal SUD OUEST

SEX-FICTION
Un blog de littérature coquine d’où les sérieux sont bannis, par George Lennick

Perla Boulle - Les Inconnues Célèbres -

Perla Boulle
 

 

Quand j’ai croisé cette nana, Perla, si j’avais pu me douter que son nom de famille était Boulle, je me serais carrément méfié. Oui. Carrément. Car vous ne le savez peut-être pas, mais c’est volontiers contagieux ces petites bêtes-là…
 

Je me souviens parfaitement du jour où je l’ai rencontrée. Elle travaillait à la bijouterie Briand & Brelocq où j’avais décidé d’acheter cette bague de fiançailles pour la pauvre Céleste, sauf erreur de ma part. Son annulaire étant de la même taille que celui de ma Céleste promise, oui, je crois me souvenir maintenant que c’était bien elle, Perla me proposa naturellement de faire l’essayage. Si ses doigts étaient de la même section que ceux de mon ex-future fiancée, ils étaient un bon tiers plus long, parfaitement manucurés, d’une douceur à vous donner des frissons et d’une jolie couleur pain brûlé. Elle avait des mains de pianiste qui n’aurait joué que dans le suave et les aigus et vous auriez rêvé de vous dénommer Clavier, même Christian, tant pis pour le grand nez. Mais ses mains n’étaient rien à côté du reste : ligne de mannequin et taille de guêpe, visage d’ange, yeux en amandes vert-tigresse comme Michelle Morgan, manières de grande dame, sourire un peu canaille. J’en oubliais Céleste, nos deux familles réjouies, les promesses à la con et les milliers d’ennuis que j’allais générer.
 

Je lui fis sortir tout le magasin, à Miss bague-au-doigt. Au début, je choisissais en fonction de mes gouts ou de ceux, un peu tartes, de l’ex-future trompée. Puis petit à petit, son influence prit le dessus pour finalement s’envoler dans la stratosphère de son choix idéal et personnel: « si c’était pour moi… »… un solitaire de 2 carats au prix étudié de 69 990€… taxes et sourire compris. Le prix d’une BM…
Lorsque je lui dis « je la prends », elle m’assura que la jeune fille qui la recevrait serait la plus heureuse du monde, la plus amoureuse et que je passerais, promis, juré, pas craché, la plus belle nuit de mon existence de Dom Juan.
Je fis ni une ni deux et je me jetais à ses pieds :
-        Perla, cette bague est pour vous. Si, si. Je sais ce que je fais. Le prix ? Je sais. Je suis capable de faire des folies pour que vous m’aimiez… Quand je suis entré ici il y a une heure j’ai eu le coup de foudre. Je ne veux plus vous quitter, Perla. Je crois au destin. Surtout, ne la refusez pas. Je suis votre prince charmant. Je serai votre meilleur amant.
-        Mais, je ne vous connais pas, monsieur, je ne peux pas accepter. Je suis moi-même fiancée… et d’ailleurs, votre fiancée Céleste ?
 

Je lui expliquais que si Céleste, ça peut rebondir et plus sérieusement que quand on rencontre l’amour, le vrai, c’est si rare, qu’il faut savoir tout sacrifier. Je comprenais son hésitation… Je lui demandais juste de me mettre un peu de son parfum sur l’intérieur de mon poignet, que je passe la journée avec elle… Rien de plus. Je la laissais réfléchir jusqu’à 21 heures, date de notre rendez-vous au Fouquet’s. Je l’attendrais. Elle s’appelait Boulle et j’aimais jouer aux jeux de hasard, à la roulette. Je ne rêvais plus que de jouer à la Boulle. Je savais que ma bonne étoile l’avait placée sur mon chemin.
-        Quel âge avez-vous, Perla ?
-        25. Heuh… Je ne connais même pas votre nom. Tout va si vite avec vous…
-        Chence… James Chence… Et le 25 c’est mon chiffre porte-bonheur…
-        Non, c’est gentil mais je ne viendrai pas… Tenez la ba…
 

Je ne lui avais pas laissé la chance de me dire non et j’avais giclé de la bijouterie en chantant « Que je t’aime »… La bague était au chaud dans le creux de sa main.
Hammam. Coiffeur. Manucure. Boutique Boss pour moi. Pour elle détour chez

La Perla où je lui achetais une combinaison glamour en satin blanc, taille 38 « Hollywood années 30 » et un combiné sexy à mourir, 95 bonnets C « Shanghai Noir – tous les dangers », qu’elle mettrait selon l’humeur, pour garder l’espoir. Pour le fun, je m’arrête dans un sex-shop japonais et lui achète de belles boules de geisha en jade, totem jap je t’aime, jolie petite Boulle…
 

William le maitre d’hôtel (qui en fait s’appelait Raymond chez lui à la Courneuve), m’avait réservé la meilleure table, souvent celle du président disparu. J’avais réservé le siège de Carla pour Perla, la-la-la, vous connaissez vraisemblablement la chanson…
Comme je connais bien les femmes, je savais qu’elle se pointerait à 9h20. Exactement. Dix minutes pour tester la patience, plus dix minutes pour échelonner l’intérêt. Au-delà, seuls les imbéciles restent. Le jeu c’est donc d’attendre, sobre, cool, et de ne pas s’impatienter.
9h19. William me fait un clin d’œil en me désignant un taxi.
- Perla… Je désespérais…
William nous sert un Grand Siècle. Perla Boulle est encore plus belle que mon premier souvenir. Elle a une robe années 20 en lamé or et un bonnet en perles assorti. Hollywood revival… J’ai visé juste ! Mes deux carats Briand ont remplacé son demi. Probable que sa décision soit déjà prise et la piste libre. Bye-bye looser !
-        J’avais décidé de ne pas venir. Et puis j’ai lu mon horoscope en préparant mon bol de soupe. Devinez ce qu’il disait !
-        Que c’est votre jour de Chence ?
-        Exactement… Avec un « e » comme sur votre Carte Bleue. Incroyable, non ?
-        Je le savais…
-        Pour la coquille ? Vous ne connaissez ni mon signe ni le journal que je lis…
-        Possible, mais je connais mon jour de chance… Ne restez pas en face de moi, venez donc vous asseoir sur la banquette…
 

Elle posa la tête sur mon épaule après le sévruga. Elle embrassa ma main. Je lui baisais la sienne. Mon cœur battait jusqu’entre mes jambes. Regard langoureux.
-        James, je n’ai jamais rencontré quelqu’un comme vous.
-        C’est justement ce que je me disais… Je perds la boule. Vous êtes si belle. Finissons vite le diner. J’ai pris une suite au Ritz. J’ai un petit cadeau pour vous…
Elle avait compris que

La Perla c’était pas pour Papa et que je ne gagnais pas ma vie en me travestissant sur les Champs-Elysées.
-        Je n’ai plus très faim, mais je reprendrais bien une coupe de champagne. Vous faites quoi dans la vie monsieur Chence ?
La gosse avait deviné qu’il y allait avoir du sport et qu’il valait mieux garder le ventre plat. Faire passer une choucroute pendant vingt-deux positions du Kâma-Sûtra, ça peut être coton… Elle perdait pas la boule, Perla…
-        Je travaille plus. J’ai gagné au loto… Non ! J’écris des trucs rigolos…
-        Bravo. Ça a l’air de marcher… Des comédies ? Des romans ?
-        Non, des nouvelles, des nouvelles de cul.
-        Et je suis la nouvelle ? N’est-ce pas ?
Là, la gamine me sciait. On se toisait. Droit dans les yeux… Les meilleurs dialogues on déjà été écrits et il est des moments où la meilleure des langues ne peut se mesurer à une bonne langue fourrée. Je lui faisais donc un nettoyage des amygdales genre Norbert Casteret qui lui asséchait la gorge tout en lui trempant le string. Gagné !
-        Ouahhh !!! Lino Ventura ou Jean Gabin ? J’avais toujours rêvé d’un baiser qui chamboulerait ma libido en une vidange de lavabo… Faut que j’aille me changer monsieur Chence… Désolée…
-        Je sais…  Pas de souci… J’aime l’iode… On y va, Kid ?
 

Trois jours plus tard je me réveillais avec la gueule de bois. On avait trop fumé. Trop bu. Trop baisé. Les draps sentaient Shalimar et Ruth-Illimité ; un bain coulait dans la salle de bain en marbre vert des Pyrénées. J’allumais un pétard à moitié fumé et regardais mon sexe jouer au campeur canadien dans un cinq étoiles luxe. J’appelais Perla car les deux derniers jours elle m’avait réveillé en me suçant comme au paradis des armatures de tentes gonflables. C’est fou comme on peut prendre les mauvais plis.
Je me levais les draps en toge car elle ne me répondait pas.
… — … La salle de bain était vide…
Le deux carats planté dans un savon vert olive.
Les toilettes coulaient. Une de ses culottes de soie grège y trainait.
J’arrêtais l’eau froide du bain.
Sur le miroir elle avait laissé un baiser gras de Guerlain. J’y soudais mes lèvres. Dérisoire.
Des kleenex jonchaient le sol glacé. Sur chacun d’entre eux, elle avait écrit un seul mot.
Un puzzle mou et maboul pour un amour brisé. Maboul…
A mon tour je brisais le miroir au baiser abricot d’un coup de poing et me blessais.
Chaque mot de chaque kleenex se ponctuait maintenant d’une virgule ou d’un point rouge. Mon cœur aussi saignait.
Je ramassais les ultimes perles de sang que Perla sans aucune pudeur m’avait dédiées.
Je les rangeais au petit bonheur et lisais son message.
« J’ai trop peur de moi |Je, |maboule du bonheur,|. Alors confiance.| |Je t’aime, en ||Boulle| je t’aimerais toujours.| toi pas toujours.  je t’aime |je n’y crois. |Je t’aimerais. |Perla,|»
Puis je prenais mon temps. Ma tête entre les mains, aussi. J’avais maintenant l’éternité. Je séchais de vraies larmes et mouillais les papiers si précieux. A la troisième bouteille de gin j’avais un flash noir, je n’arrivais plus à lire tellement mes putains d’yeux pleuraient. Je buvais Shalimar jusqu’à la dernière goutte et me léchais tout ce que je pouvais lécher. Puis je vomissais un mélange de genièvre et de miel fielleux. Au deuxième matin ma queue restait dure et sèche comme celle de Justin Bridoux. Manquait plus que la bague. J’ouvrais les fenêtres car ça sentait la vieille saucisse, la merde et le vomi.
Un doux zéphyr ordonna alors les kleenex. C’est toujours la nature qui gagne. Je ne bavais plus et redevenais familier de l’alphabet. Collé sur le bidet qui avait été calice, je lisais cette phrase : « Je t’aime, je t’aimerais toujours. Je Perla Boulle, maboule de toi. J’ai trop peur du bonheur, pas confiance en moi. Alors je n’y crois. Je t’aimerais toujours, je t’aime. »
 

Depuis hier, les kleenex ont viré en poussière.
Je perds la boule pour Perla Boulle…
Hier, les kleenex ont viré en poux, hier.
Je perds la boule pour Perla…
Les kleenex ont hier
Je perds la boule
Kleenex…
Perla Boulle…
 

Depuis mon suicide loupé je suis pensionnaire à la Maison des Bleuets. Bleu le capiton des murs de ma chambre. Bleu, bleu, le ciel de Provence. Bleu les pilules du matin et du soir. Bleu mon pyjama. Bleu ma robe-de-chambre. Bleue l’eau des toilettes et les azulejos andalous. Bleu le savon liquide qui fait pleurer mes yeux jaunes. Des yeux que je lave pour qu’ils deviennent verts… Je ne suis pas fou, non, bleu et jaune ça fait vert… Verts les yeux pair-verts de Perla Boulle. Verts de verts de verts de verts…
 

 

 

2 commentaires pour “Perla Boulle - Les Inconnues Célèbres -”

  • DEB dit :

    Ah, Georges, j’adore tes histoires…

  • amb55 dit :

    Une perla de perdue, dix de retrouvées.

    La prochaine fois essaie donc la dénommée Perla R’Bor une vraie bombe à c’qui paraît avec les yeux, bleus des mers du sud, ou bleu pacifique, je ne sais plus trop.

    Bon, tu t’en es remis quand même ?

    Bleu, le ciel de Provence … au fait que dirais-tu d’une petite partie de pétanque, rien de tel pour retrouver la boule.

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